Pas même une pandémie mondiale n’allait venir freiner ma détermination à animer un workshop photo de rue à Bruxelles et donc, après plusieurs départs compromis, c’est avec bonheur et soulagement que début juin 2022, j’ai enfin concrétisé ! Dans la plus cosmopolite des capitales européennes, quoi de plus normal que les nationalités des participants comprennent un Suédois, un Chilien, un Belge, un Français, un Libanais et un Vietnamien.
PRÉPARER LE TERRAIN
J’ai débarqué en ville quelques jours en amont afin de me reconnecter aux meilleurs spots et de m’imprégner des lieux et ambiances. Comme souvent, j’éprouvais le besoin d’allumer ma flamme avec un ou deux clichés honorables, de façon aussi à me sentir en capacité de mieux injecter “le virus” aux participants et de leur communiquer une énergie motivante pour le démarrage du workshop.

J’ai rapidement commencé à trouver mes marques et à être à l’aise dans le charmant brol de cette métropole, séduit par l’éclectisme des styles architecturaux, tout autant que par la diversité des cultures et des personnages, qui de temps à autre surgissaient au détour d’une rue.

Le vendredi soir, j’étais fin prêt pour l’action et je trépignais à l’idée de faire la connaissance des participants, lors de notre rencontre d’échanges préparatoires. Mon ami et hôte local, Jonathan, nous a accueillis au Playful Studio, l’espace co-working, qu’il a créé dans le quartier résidentiel sympa de Forest. Il nous avait réservé une salle parfaite pour notre Q.G pour toute la durée du workshop.

Ce premier temps d’échanges me tient vraiment à cœur car c’est en effet l’occasion pour tous de lier connaissance, notamment en partageant quelques-unes de nos expériences photographiques autour d’une bière et d’une pizza, mais également pour chacun d’exprimer ses envies et ses objectifs pour le week-end de workshop.

Ce prélude me fournit également l’opportunité de parler de mon travail et de mes influences en photo de rue, avec le support d’un diaporama, de tirages et de bouquins de référence. Cette présentation essentielle, effectuée le premier soir, me permet de libérer, durant le workshop, un temps précieux qui peut alors être dédié aux prises de vue.
JOUR 1 de PRISES DE VUE
Ce samedi matin s’annonce au mieux …. Le soleil va être de la partie.
Je mets donc mon plan A en action ! Quand j’organise une journée photo de rue, je considère comme primordial d’identifier préalablement, un itinéraire qui va nous mener vers une sélection de lieux intéressants et variés, dans lesquels, chacun dispose d’un temps suffisant pour, à la fois, photographier en solo et également se détendre en groupe, l’ambiance du collectif nourrissant la créativité individuelle.


Après un p’tit café de mise en route dans le cadre coloré de Saint-Gilles, nous avons cheminé vers le quartier des Marolles, renommé pour son traditionnel marché aux puces, ses antiquaires et ses boutiques branchées. Halte déjeuner dans un bar à salade trendy, avant de continuer, direction place Poelaert, ambiancée par une électro-rave d’après-midi.




Puis, de là, déambulation dans le quartier chic des Sablons et le long du Mont des Arts, avec ses vues carte postale sur le centre de Bruxelles. Il est 16 heures et l’endroit grouille de touristes et de locaux. On ne pourrait rêver plus parfait terrain d’exercice pour des photographes de rue.


Nous avons ensuite pris à droite, via la rue Ravenstein, pour rejoindre le spectaculaire siège flambant neuf de la banque BNP Fortis, lequel offre d’excellentes opportunités de travailler sur la géométrie de l’image avec des jeux d’ombre et de lumière, avant de traverser la gare centrale, conçue par Victor Horta et enfin d’atteindre la Grand’Place, site emblématique de Bruxelles et riche de son architecture gothique et baroque.


A ce stade, la majorité s’étant déclarée en burn-out photographique, la journée s’est achevée par un repli stratégique, bien mérité, dans un estaminet typique, caché au fond d’une ruelle, recommandation de notre compagnon et indic local, Luis. L’occasion aussi pour moi de tester le potentiel basse lumière des appareils de certains participants !

DIMANCHE, JOUR 2
Après notre samedi de shooting, fort intense, retrouvailles le dimanche matin, au Playful Studio, pour la visualisation en groupe des images de chacun, moment propice à des échanges riches et conviviaux. Ce temps alloué de débriefing et d’analyse collective de la pêche de la veille, est ancré dans l’ADN de tous mes workshops et permet à chacun, moi inclus, d’extraire le positif mais aussi d’accepter ses erreurs et d’exprimer ses frustrations, pour mieux se préparer aux nouveaux défis de la nouvelle journée.

Et pas de doutes que nous allions en avoir des tout frais à relever, alors que nous nous mettions en route pour notre après-midi de prises de vue sous un véritable déluge ! En théorie, le temps mouillé est considéré comme un mal pour un bien, car c’est l’épreuve de feu pour tester les réactions du « vrai photographe » en conditions difficiles. En pratique, cela demande déjà un effort considérable, juste pour sortir l’appareil de son sac, notamment en raison du risque éventuel pour son équipement, sans parler de trouver une hypothétique direction vers laquelle l’orienter ! Heureusement, à Bruxelles, nombre de stations de métro offrent des perspectives visuelles intéressantes, tout en fournissant un abri salutaire contre les éléments climatiques. Nous avons donc joué au chat et à la souris avec le public qui entrait et émergeait des lieux, en nous focalisant sur les couleurs, les formes et autres attributs graphiques de l’architecture souterraine.




Je crois qu’effectivement ce dimanche pluvieux, contraste total avec notre première journée ensoleillée, a été bénéfique pour tout le groupe. Nous avons tous dû rebattre les cartes et sortir de notre zone de confort. Avec moins de badauds et donc moins de sujets pour nourrir notre imagination, cela nous demandait plus de concentration pour trouver comment tirer le meilleur parti de chaque situation. L’autre leçon que j’ai personnellement retenue ce jour-là, ou plutôt celle dont je me suis rappelé, c’est que souvent, nous restons trop longtemps sur une idée fixe qui, en fin de compte, ne se matérialise jamais tout à fait, alors qu’en fait la scène la plus intéressante se joue juste derrière nous. Je cherchais à composer une image aboutie en m’escrimant pendant plus d’une demi-heure avec le passage piéton multicolore, sous des angles divers et des deux côtés, quand finalement je me suis retourné et là, j’ai saisi un vrai moment spontané de Street Photo !


Heureusement, la fin d’après-midi s’est montrée moins humide et nous avons résolu de terminer la journée par une dernière balade sur la Grand’Place, suivie d’une photo du gang devant la plus emblématique des statues de Bruxelles, le Manneken Pis. Un clin d’œil prouvant que même si nous sommes jusqu’au-boutistes en photo, tout comme les Belges, nous ne nous prenons pas trop au sérieux !



LE DEBRIEFING DE FIN
Autant la soirée pré-workshop représente un préalable indispensable au bon démarrage du stage, autant le dernier débriefing est important avant le clap de fin. Nos retrouvailles du lundi matin pour visionner le montage final de chaque participant, m’a d’abord permis de donner un retour individuel le plus complet possible. Tous ont également eu le loisir de s’exprimer sur l’expérience du week-end de shooting et de proposer des points d’amélioration, utiles pour les prochains workshops. Enfin, j’ai constaté comment ce temps supplémentaire d’échanges d’après prises de vue, contribue à renforcer les liens du groupe, ouvrant la voie pour de solides amitiés et d’éventuelles nouvelles collaborations créatives.


Je suis revenu de ce workshop totalement boosté et je tiens à remercier tous ceux qui ont contribué à rendre l’expérience si réussie. Tout d’abord, merci à tous les photographes pour leur participation. Luis, Huy, Jihad, Antoine, Lars et Alain, vous êtes un groupe tellement cool. Votre immense motivation à développer votre vision personnelle m’a bluffé et j’envie votre kyrielle d’images magnifiques, que j’aurais voulu flairer et saisir moi-même. C’est ici pour voir la galerie des images des différents photographes.
J’ai aussi un profond sentiment de gratitude pour mon ami Jonathan, de Playful Studio, rencontré à Rome lors de notre participation commune au workshop Alex Webb à Rome. Nous avons commencé à discuter pour la première fois, en 2018, de ce projet et je lui dois une fière chandelle, tout d’abord pour m’avoir suivi sur le coup, au travers des deux années de pandémie, ensuite pour son aide dans l’organisation en amont du workshop et enfin pour la qualité de notre accueil chez Playful Studio. Mention spéciale aussi pour Mrs F., ma chère moitié, qui m’a rejoint à mi-parcours et a fait que l’exercice professionnel se conjugue également avec des entractes détente.
Et enfin, un grand merci à Bruxelles. Ma quatrième expédition dans cette ville, avec ses ambiances dont je raffole tellement. Je kiffe son brin de folie, son côté déroutant (allez comprendre le plan du réseau transports en commun !) tout autant que son esprit merveilleusement sans prétention et ses Bruxellois si accueillants et cosmopolites.
J’étais impatient de profiter de la venue de Tim Fox à Bruxelles pour avoir la chance de participer à son workshop et je n’ai vraiment pas été déçu. On est rapidement plongé au cœur de l’action et on prend le sujet à bras le corps. C’est exactement ce que je voulais : moins de théorie et plus de pratique. J’ai aussi énormément apprécié que Tim prenne autant de plaisir que nous sur le terrain, qu’il nous montre par l’exemple, comment prévoir, devancer une image pour ne pas juste capturer un instant, mais le mettre en scène. Bonne humeur, pieds fatigués, crampe à l’index et pléthore d’images à trier, voilà mon résumé de ce workshop bruxellois.
Le workshop bruxellois, tant espéré, a été juste exceptionnel. Tim, en coach chevronné et généreux, a donné le rythme et l’esprit pour notre équipée et nous avons eu l’opportunité de découvrir plein de quartiers intéressants et variés de Bruxelles. Denses et fructueuses journées de photographie, suivies de séances de visionnage instructives. Pour moi le mixte était parfait et je ne peux vraiment que recommander ce style de workshop à tous les futurs participants